Régénérer les microforêts endémiques de Moka
Maurice compte aujourd’hui environ 47 000 hectares de forêt, un quart à peine de sa surface. Une part minime de cette forêt abrite des espèces qui n’existent nulle part ailleurs au monde. Regenesis a pour ambition de rassembler l’ensemble des initiatives du Groupe en faveur de la biodiversité, parmi lesquelles EcoHaven, porté par ER Agri en partenariat avec la Mauritian Wildlife Foundation, qui agit sur ce patrimoine fragile.
Lancé en 2024 grâce à un financement de 224 300 euros du Fonds Business-Biodiversité VARUNA Océan Indien, ce projet de deux ans cible deux sites du plateau central : La Motte à Thérèse et Bar le Duc. La méthode couvre l’ensemble du cycle de restauration, de l’inventaire des espèces à leur transplantation sur site, avec un volet emploi local intégré dès le départ.
Sur le terrain, l’inventaire a déjà identifié plus de 120 espèces végétales indigènes, dont 25 endémiques à Maurice et 33 endémiques aux Mascareignes. Une pépinière installée à Alma a propagé plus de 100 000 plantes indigènes, dont plus de 15 000 ont déjà rejoint les deux sites de restauration. Des actions de clôturage et de zonage protègent ce travail en limitant la pression des espèces envahissantes.
Chaque étape du projet s’appuie sur une feuille de route précise. La planification de la restauration guide la propagation et la protection à long terme des espèces natives, tandis que l’inventaire cartographie la diversité végétale et les menaces qui pèsent sur la flore endémique.
La gestion des espèces invasives reste un combat constant sur ces deux sites. Le clôturage limite l’intrusion d’animaux qui endommagent les jeunes plants, tandis qu’un zonage précis distingue les zones de restauration active des zones tampons, où les interventions se concentrent sur le contrôle plutôt que sur la plantation. Cette discipline méthodologique conditionne directement le taux de survie des espèces réintroduites.
Le volet recherche prend une importance croissante. En facilitant l’accès aux deux sites pour les chercheurs mauriciens et internationaux, EcoHaven contribue à documenter des espèces parfois mal répertoriées, et à affiner les protocoles de propagation pour des plantes endémiques dont la culture reste largement empirique. Cette circulation entre praticiens de terrain et chercheurs distingue EcoHaven d’un simple programme de reboisement : chaque saison de plantation devient aussi une saison d’apprentissage scientifique.
EcoHaven dépasse la botanique. Le projet a recruté et formé neuf travailleurs locaux à la collecte de plants et à la gestion de pépinière, créant des compétences et des emplois durables sur le territoire. Plus de 2000 personnes ont participé aux sessions de sensibilisation organisées par ER Agri, un public varié, des écoliers aux communautés locales. À Moka, chaque plant transplanté reconstitue un fragment d’un patrimoine que Maurice ne pourra jamais retrouver ailleurs.